Etienne St. Julien de Tournillon to Nicholas P. Trist

mon cher trist

La Lenteur que j’ai mise, L’année dre a Vous envoyer Vos fonds a dû vous faire Soupçoner que j’étais comme tant d’autres dans une disette d’Espèces qui, ici comme ailleurs, ne Se fait malheureusement que trop Sentir. le produit, de nos récoltes quoiqu’abondantes, nous Laisse à peine de quoi Subvenir à nos dépenses les plus préssées; nos cotons Se Sont vendus de 14— à 16. cens et les Sucres Se placent difficilement à 6s: ces prix Sont bien différents de ceux que nous avons obtenus il y a deux et trois ans; et, c’est précisement cette hausse dans nos denrées qui a contribué à deranger le Systême de nos finances; ce qui, en pareille circonstance, arrivera toujours Surtout lorsque les planteurs baseront leurs dépenses Sur les récoltes passées et non Sur celles à venir, et c’est un peu mon cas.

Votre maman, d’âprès vot vos [. . .] désirs, avait écrit à mr nott pour le prier de Vous faire compter par mr Calender les fonds qui vous Sont destinés: ce monsr Venant de répondre affirmativement je lui ai fourni de Suite un check De $600. Savoir $300. pour votre frère $150. Pour me trist, et 150. pour vous. je ne vous donne présentement que cette Somme parceque Vous nous mandez dans une de Vos lettres que vous [. . .] aurez besoin d’argent vers la fin du mois de mai épôque à Laquelle, pour me conformer à votre demande, je [. . .] ferai compter en ville $200. à mr nott pour vous être remise par m. Calender. c’est de cette manière que vous recevrez vos fonds à L’avenir; ainsi, mon Cher trist, tablez Là-dessus et faites en Sorte de ne pas outrepasser les $750. que je vous destine par année, parceque à ne vous rien cacher, il ne m’est pas possible de faire plus. je Vois que je Serai toujours gêné avant d’avoir Soldé mon habitation il me faut $3000 pour pierre Aubert $1500 pour vous et votre frère Voilà donc 4500 à prélever Sur mes revenus, vous voyez qu’il faut que j’agisse avec beaucoup d’ordre et d’économie Si je veux faire honneur à mes petites affaires Surtout dans un moment où nos denrées Sont Sacrifiées.

les faillites Se Succédent à la N.O. pr Lanusse, tricou P. et fils, dutillet et Sagory & & &. viennent de manquer, le premier pour $500,000, les autres pour des Sommes également fortes. La banque des habitans par Suite de ces énormes faillites a Suspendu Ses opérations. le commerce est dans un état pitoyable dieu veuille que ces nuages Se dissipent et que la confiance renaisse. heureusement je ne vois ces choses que de loin et tout en y réflechissant je me félicite plus que jamais de m’être livré entiérement à la vie agricole.

j’aurais besoin pour la récolte prochaine de renouveler un peu mon atelier; c’était bien le tems, les nègres Sont bon marché. mais comment faire point d’argent. plusieurs de nos gens commencent à [. . .] mollir, Kembridge, Couba, Joseph, adam Sor, antoine, [. . .] Se font vieux: les travaux augmentent et les forces diminuent; patience.

Votre oncle, dans une lettre qu’il écrit aujourd’huy à mde Brown pour lui annoncer la naissance d’une Seconde fille Se plaint de votre Silence il n’a jamais reçu, dit-il, aucune lettre de vous ni de Votre frère.

Dumoulin est entièrement [. . .] ressuscité, il Se porte comme le pont neuf au grand étonnement de toutes Ses connaissances: quelqu’un nous mandait dernièrement l’avoir vu au bal toujours dansant [. . .] et prêt à le faire. toujours amoureux et prêt à le dire mais très rarement écouté.

Julien et Sa Sœur Se portent à merveille: made Brown est depuis qques jours indisposée, mais c’est peu de chose: les tems Sont Si inconstants1 qu’ils influent assez facilement Sur les personnes d’un certain âge. [. . .] elle Se promène Souvent en carosse; les chevaux Sont très bien domptés—c’est un fort joli atelage.

Le moulin à Scies marche depuis qques jours tout le monde Se plaît à dire que nous aurons une grande quantité d’eau, ce que j’écoute avec assez de plaisir étant trés bien préparé à faire une bonne campagne dans cette partie. j’ai Semé mon coton j’en ferai moins que L’année passée, m’étant déterminé à abandonner la terre de givre, mais toujours assez pour occuper mon monde.

adieu mon cher trist, recevez les vœux Sincères que je forme pour votre prospérité; et croyez à mon amitié Sans Borne.

tournillon.

notre chère mary Se porte assez bien ce qui est assez rare chez une dame qui a un medecin pour Son plus proche voisin

editors’ translation

My dear Trist

My delay, last year, in sending you your funds must have made you suspect that I had, like so many others, a shortage of cash that, here like everywhere else, has unfortunately been too much felt. The size of our crops, although abundant, leaves us with hardly enough to meet our most pressing expenses. Our cotton sold for 14 to 16 cents, and sugar has difficulty finding a buyer at 6 cents. These prices are quite different from the ones we obtained two or three years ago. It is precisely this increase in our commodities that has contributed to the disruption of our financial system, which will always happen under such circumstances, especially so long as the planters base their expenditures on past crops and not on those to come, which is somewhat my case.

Your mother, according to your wishes, had written to Mr. Nott to ask him to have Mr. Calender draw the funds destined for you. This gentleman having just answered affirmatively, I immediately gave him a check for $600, to wit, $300 for your brother, $150 for Mrs. Trist, and $150 for you. I only give you this sum at present, because you tell us in one of your letters that you will need money toward the end of the month of May, at which time, in conformity with your request, I will ask Mr. Nott in town to draw an order for $200, which will be turned over to you by Mr. Calender. It is in this manner that you will receive your funds in the future. So, my dear Trist, count on it and act in such a way as not to spend more than the $750 a year that I set aside for you, because, to hide nothing from you, it is not possible for me to do more. I see that I will always be hampered until I finish paying off my house. I have to give $3,000 to Pierre Aubert and $1,500 to you and your brother. Thus, $4,500 are deducted from my revenues. You see that I must behave in a very orderly and economical manner if I want to do honor to my little affairs, especially at a time when our goods are sold at a low price.

Bankruptcies come one after the other in New Orleans. P. Lanusse, Tricou Father & Son, Dutillet and Sagory, etc., etc., etc., have just defaulted, the first for $500,000 and the others for equally large sums. Following these enormous failures, the citizen’s bank has suspended its operations. Commerce is in a pitiful state. God please let these clouds dissipate and confidence return. Happily, I see these things only from afar and, when I reflect upon it, I congratulate myself more than ever that I have devoted myself entirely to a life of agriculture.

I need to renew my workshop a little for the next harvest. It is high time. Negroes are cheap. But how is one to do this without money? Several of our people are beginning to weaken. Kembridge, Couba, Joseph, Adam Sr., and Antoine are getting old. Work increases and strength diminishes. Patience.

Your uncle, in a letter written today to Mrs. Brown announcing the birth of a second daughter, complains about your silence. He says that he has never received any letters from you or your brother.

Dumoulin has revived entirely. He carries on like the Pont Neuf, to the astonishment of all his acquaintances. Someone told us recently about seeing him at the ball, always dancing and ready to do so, forever in love and ready to say so, but rarely listened to.

Julien and his sister are in marvelous health. Mrs. Brown has been indisposed for a few days, but it is nothing serious. The weather is so unstable that it easily affects people of a certain age. She often goes out for a carriage ride. The horses are very tame. It is a very pretty team.

The sawmill has been in operation for a few days. Everyone is pleased to say that we will have a lot of water, and I listen with much pleasure, as I am well prepared to have a good season in this respect. I have sown my cotton. I will do less than last year, having decided to abandon the tract that freezes, but there is still enough to keep my people busy.

Farewell, my dear Trist. Receive my sincere wishes for your prosperity and have faith in my boundless friendship.

tournillon.

Our dear Mary is in rather good health, which is quite rare for a lady who has a doctor as her closest neighbor

RC (NcU: NPT); dateline at foot of text; addressed: “Mr Nicholas Trist Cadet West Point New York”; with notes by postmasters on address cover: “Chgd” and “missent & forwd”; stamped; postmarked Lafourche, 23 Mar., and (faint) Baton Rouge, 2[5] Mar.; endorsed by Trist: “My Father 24th March 1820.” Translation by Dr. Roland H. Simon.
1Manuscript: “incontants.”