Etienne St. Julien de Tournillon to Nicholas P. Trist

Je vois avec peine, mon cher trist, que vous vous plaignez dans votre lettre du 3. ul. de ne recevoir des nouvelles de personne, “je crois” dites-Vous, “que tout le monde m’a abandonné depuis que je Suis ici”; nous Sommes bien loin de partager cette croyance, et tant S’En faut, que je puis avancer Sans être tâxé d’exagération, qu’il ne Se passe pas une journée sans qu’il Soit question de Vous ou de votre frère. Votre maman vous a écrit il y a 15: jours, je Vous ai également écrit à L’épôque où j’envoyai Votre argent à Browse en fevrier dernier, ainsi cessez donc de nous croire indifférents lorsque presque toutes nos pensées ont Vous pour objet.

mary est un peu indisposée: notre voisin lui a déjà fait prendre deux medecines; je Suis persuadé que le Changement d’air lui Serait très favorable et qu’un voyage un peu éloigné lui ferait un très grand bien; mais comment Se déterminer à voyager avec deux petits enfans, et Surtout avec made Brown qui, ne pouvant être de la partie Serait obligée de rester Seule Sur L’habitation à la merci des mauvais domestiques qui nous entourent, c’est à quoi nous ne pouvons nous déterminer.

j’attends par le premier bâtiment une voiture que j’ai prié, un de mes amis, M. Bujas, de m’expédier, j’ai fait aussi l’emplette de deux chevaux, d’un noir D’Ébène, et qui, j’En Suis certain, peuvent rivaliser en Beauté avec la première paire de chevaux dans ce pays et peut-être des E. U. Le Seul défaut que je leur trouve: c’est que je les crois un peu trop fougueux: je les ai Eus à très bon marché $350. et je Suis persuadé que Si je voulais m’en défaire j’en obtiendrais aisément $1000. j’espère qu’avec cet équipage, Votre mère pouvant Se promener plus commodément reprendra Sa santé dont la perte n’est que momentanée.

L’année qui vient de S’écouler nous a été funeste, nous avons manqué notre récolte et cette perte a été générale, ce qui contribue beaucoup à plonger notre pays dans un état de pénurie allarmant. La campagne avait à payer le mois dernier en ville plus de 2,000,000 de piastres, Les faillites Se Succèdent, la confiance a disparu: les meilleures Signatures ont peine á passer Sur la place à 2 et 2. ½ par mois, et pour Surcroît les Banques accaparaent le peu de numéraire en circulation pour faire face à leurs Billets qui leur Sont journelement présentés par la Grande banque des E. U. ce qui répend une obscurité Sur les affaires qui aura bien de la peine à Se dissiper. nos cotons Se Sont vendus cette année 24 – 24. ½ et 25. la rade est couverte de Bâtiments, mais pas un qui ait apporté de L’argent le Seul remède à nos maux.—ce tableau, mon cher trist, n’est pas gai et pourtant il est la vérité même; n’allez pas croire que ce Soit celui d’un pere avare écrivant à Ses enfans dans l’intention de leur refuser ce qu’ils demandent, non, mon cher trist, vous n’en recevrez pas moins ce que je vous ai promis, peut-être epprouverez-Vous qque retard, mais il ne Sera pas de longue durée et je ferai mon possible pour vous envoyer bientôt une petite Somme.

nous avons lieu d’être inquiets Sur le compte de Browse; plusieurs courriers arrivés ne nous ont apporté aucune lettre de lui: Made trist dans Sa de qu’elle écrit à me Brown lui mande qu’il ne jouit pas d’une bien bonne Santé, ce qui nous ferait présumer que le mal a empiré, nous espèrons être bientôt détrompés.

Laroque langeau avec lequel je dinai dernièrement chez le Juge Carlier S’informe beaucoup de Vous et de Votre frère et me fis bien promettre avant de le quitter de ne point L’oublier auprès de Vous lorsque je vous écrirais, je m’acquitte de cette promesse. “on m’a dit—” m’annonça-t-il dans la conversation, “que trist allait Se marier” avec qui, lui répliquai-je? “quant à moi je n’en Sais rien.” qui diantre a pu lui donner cette nouvelle; je crains bien que vous n’ayez fait pour votre confident quelque jeune tête éventée qui Se Sera fait un jeu de ce qui doit être pour vous la chose la plus Sacrée, Soyez persuadé que Sur ce point Bien des hommes Sont femmes.

dumoulin est dans l’état le plus allarmant, je crains à chaque moment de le voir arriver ici: Vous Savez d’où peut provenir cette Crainte, je n’ai Rien tant à cœur que de L’obliger, mais comment le faire, Sans compromettre une famille qui m’est Si chère et à laquelle je Suis Si attaché. Vous connaissez Sa maladie!... pauvre Jeune-homme je le plains beaucoup!... il vient d’obtenir la place d’avocat de district à la pointe coupée où il est présentement malade.

plusieurs étrangers parmi lesquels quelques gentelemen cherchent des terres Sur la rivière de la fourche: [. . .] j’ignore qui a pû leur Suggérer l’idée de venir Se fixer ici, le dernier pays, Selon moi, où l’espèce humaine devrait S’établir “j’entends par l’espèce humaine le cercle étroit des gens Comme il faut,” car la plus grande partie de notre population Se ressent de la rusticité du primitif où naturel de la louisiane. tout bien considéré et calculé, Sous le rapport des revenus, qui est, je crois le lièvre qu’on cherche à Courrir En arrivant ici on ne fait guère mieux qu’ailleurs: on a à lutter contre tout: contre les nègres, contre L’eau, contre les gelées, contre les insectes en un mot contre les éléments conjurés, et bien heureux lorsque parvenu à les vaincre il reste de quoi faire honneur à Ses affaires. les habitans de ce pays ont la ridicule manie d’attacher une valeur incalculable aux proprietés cette valeur qui n’est rien moins qu’idéale enfle leur orgueil, gonfle leur amour propre et les rend comparables à la grenouille de la fontaine. Il Se croit milionaire, qui, S’il En a la capacité, Veut transformer pour un instant Sa chambre En un Bureau de financier verra áprès un calcul Solide que Sa propriêté lui rapporte à peine le 3. P/100. une de Vos Connaissances Mr E. L. offre à vendre Sa Sucrerie Située Sur la Rivière de la fourche pour la Somme modique de 150,000.—Eh bien je gage qu’il fait à peine Ses dépenses Sur cet établissement Voilà donc un Capital de 150,000 reduit à zero ou à bien peu de choses. ainsi je désapprouve donc quant à moi la manie que paraîssent avoir vos compatriotes de venir Se fixer ici; Si c’est pour L’agrément; néant, pour les revenus ils Sont bien modiques, à moins que ce ne Soit pour y faire Boire de L’eau Du mississipi qui dit-on, n’a pas la vertu de la fontaine de jouvance, mais bien celle de prolonger la caducité.

adieu, mon cher trist, je me Suis un peu amusé dans cette lettre, je Souhaite que Sa lecture vous y fasses goûter quelques Vérités que j’y ai Semées.

Croyez-moi toujours votre ami et père
Tournillon.

me Brown Se porte très bien; Julien également, à propos de julien, Sa maman lui demandait derniérement à qui il désirait ressembler à Son papa ou à Sa maman, il répondit—non à mon frère nic. et à B. [. . .] Browse!—

mary louise est ravissante.

editors’ translation

I am sorry to see, my dear Trist, that you complain in your letter of the past 3rd about not receiving news from anyone. “I believe,” you say, “that everybody has abandoned me since I have been here.” We are very far from sharing this belief, and so far from it that I can say without being accused of exaggeration that not a day goes by without our mentioning you or your brother. Your mother wrote you 15 days ago. I also wrote you when I sent your money to Browse, last February. So stop thinking that we are indifferent, as you are the subject of almost all our thoughts.

Mary is a little indisposed. Our neighbor has already administered two medicines. I am convinced that a change of air would be very favorable to her and that a trip somewhere a little far from here would do her a lot of good. But how can we resolve to travel with two small children, and especially with Mrs. Brown, who, not being able to take part in it, would have to stay alone in the house at the mercy of the bad servants we have around us? This is why we cannot decide.

I am awaiting by the first ship a carriage that I asked one of my friends, Mr. Bujas, to send me. I have also purchased two horses as black as ebony that, I am certain, could compete in beauty with the top pair in this region and perhaps in the U.S. The only fault that I find with them is that I believe them to be a little too spirited. I got them very cheap, $350, and I am convinced that if I wanted to part with them I would easily get $1,000. I hope that with this carriage your mother, being able to get around more comfortably, will regain her health, whose loss is only momentary.

This past year was disastrous for us. We lost our harvest, and this loss was general, which very much contributed to plunging our region into a state of alarming shortage. Last month, the countryside had to pay to the town more than 2,000,000 piastres in taxes, bankruptcies come one after the other, trust has disappeared. The best bond certificates are honored with difficulty on the market at 2 and 2½ a month, and moreover the banks hoard the little money in circulation in order to honor the promissory notes for which the big bank of the U.S. requests payment daily, which throws upon all business a pall of uncertainty that subsides with difficulty. This year our cotton sold for 24 – 24½ and 25. The harbor is full of ships but not a single one has brought money, the only remedy for our ills.—This picture, my dear Trist, is not cheerful, and yet it is the pure truth. Do not think that it is painted by a miserly father writing to his children with the intent of refusing them what they ask for, no, my dear Trist, you will not receive from me what I promised you. Perhaps you will encounter some delay, but it will not be long, and I will do what I can to send you a small sum soon.

We have good reason to be worried on account of Browse. Several mails arrived without bringing us any letter from him. In the last letter that she wrote to Mrs. Brown, Mrs. Trist told her that he is not in very good health, which would make us presume that his sickness has gotten worse. We hope to be disabused soon.

Laroque Langeau, with whom I recently had dinner at Judge Carlier’s, asked many questions about you and Browse and, before I left him, made me promise firmly not to forget to send his regards when I would write you. I am honoring my promise. “Someone told me,” he said in conversation, “that Trist is going to get married.” “With whom”? I replied. “As far as I am concerned, I know nothing about it.” Who, by Jove, could have given him this news? I fear that you have taken as confidant some young scatter-brain who thought it fair game to play with what must be the most sacred thing for you. Be persuaded that, on this point, many men are women.

Dumoulin is in the most alarming state. I fear seeing him arrive here at any moment. You may know where this fear comes from. I have nothing more at heart than to oblige him, but how can I do so without compromising a family that is so dear to me and to which I am so attached? You know about his sickness! ... Poor young man, I very much pity him! ... He has just been given the position of District Attorney at Pointe Coupée, where he is presently ill.

Several strangers, among whom are some gentlemen, are looking to buy land by the Lafourche River. I do not know who could have suggested to them the idea of coming to settle here, the last region, I believe, where the human species should do so. “By human species I mean the narrow circle of decent people,” because the largest part of our population shows the effect of the rusticity of the Louisiana primitive or native people. All things considered and accounted for, with respect to revenues, which is, I believe, the rabbit that we seek to chase, upon arriving here, one hardly fares any better than anywhere else. One has to fight everything: the Negroes, the water, the frost, the insects, in one word, all the elements conjured up, and when they are vanquished, fortunate is he who has enough left to do honor to his business. The inhabitants of these parts have the ridiculous bad habit of attaching an incalculable importance to property. This value, which is nothing less than idealistic, inflates their pride, blows up their self-esteem and makes them comparable to the frog of La Fontaine. He who believes himself a millionaire, if he can, may want for an instant to turn his bedroom into a financier’s office, and he will see after serious calculation that his property hardly returns 3%. One of your acquaintances, The Mr. E. L. is offering to sell his sugar factory situated by the Lafourche River for the modest sum of 150,000. Well, I bet that he makes hardly enough to cover his expenses on this business. Here is, then, a capital of 150,000 reduced to zero or to very little. And so, I myself disapprove of the bad habit that your compatriots seem to have of coming to settle here. If it is for enjoyment, there is nil; and as to the revenues, they are very modest. Unless it is to drink the water of the Mississippi, which, we are told, does not have the virtues of the fountain of youth, but rather that of prolonging decrepitude.

Farewell, my dear Trist, I had a little fun with this letter. I hope that when reading it you will appreciate some truths I have scattered in it.

Believe me to be always your friend and father
Tournillon.

Mrs. Brown is doing very well, Julien also. Regarding Julien, his mother recently asked him whom he wanted to resemble, his father or his mother? He answered no, my brother Nick and Browse!

Mary Louise is ravishing.

RC (NcU: NPT); addressed: “Nicholas P. Trist Cadet West Point New Yorck”; stamped; postmarked Lafourche, 20 Apr.; endorsed “My Father april 20th 1819.” Translation by Dr. Roland H. Simon.