Etienne St. Julien de Tournillon to Nicholas P. Trist

mon cher trist.

Depuis trois mois, Sans éxagération, nous Sommes ici Sans pluie ou du moins Le peu que nous En avons Eue a Suffi à peine à abattre la poussière: je m’attendais cette année à faire une grande plantation et [. . .]Elle était même déjà faitte; mais à mon retour de La ville, c’est à dire, Vers La fin d’avril, j’ai eu 45. arpents de cotton Entièrement gelé; je me Suis néanmoins occupé de Les replanter de nouveau mais Et depuis cette épôque L’humidité de La terre n’ayant poînt êté assez forte ma graine est Démeurée in Statû quô. et je vais m’occuper à mettre du maïs à la première pluie dont nous Serons favorîsés car il est présentement trop tard pour Songer à fournîr cette place de cotton. Le Surplus de ma récolte autant que La Sécheresse peut Le permettre est [. . .] passable mais Si cette maudite Sécheresse continue nous ne ferons rien.

Les eaux, cette année, à mon grand étonnement, n’ont pas atteint Leur Crue habituelle et indépendamment elle a été d’une très courte durée je n’ai marché que pendant cinq Semaines: ainsi vous voyez que le 1er Rto de ma lettre ne contient que des détails désagréables: mais il ne faut désesperer de rien.

Le jour même de L’arrivée de Votre lettre made t. vient de donner le jour à une petite mary j’ai eu la Satisfaction de la voir assez promptement délivrée de ces pénibles Souffrances attachées à la destinée d’un Sean aimable dont bien Souvent nous n’apprécions pas assez le mérite: le Souhait que j’ai fait dès L’instant où cette petite créature a vu la lumière, est qu’elle ressemblât en tout à Sa mère: elle éprouve encore quelque douleur mais Le D. martin dont je ne peux trop louer Le zèle et les Soins dans cette circonstance, me fait espèrer que demain elle Sera mieux et dans quelques jours parfaitement bien j’En accepte L’augure.

par une lettre que j’ai recu hier de m. E. Livingston il parait qu’il désire aller Sièger au congrès En remplacement de mr Robertson qui a donné Sa démission, il me prie d’user de toute mon influence, il s’adresse mal car il Vous connaissez de combien peu de popularité je jouis dans mon voisinage qui ne Se trouve composé que de Sots avec lesquels je n’ai d’autres relations que celles absolument indispensables.

notre porte est cette année le théâtre de plusieurs Scenes bien tragiques: Deux habitans Se Sont dernierement detruits dans le bois on les a trouvés Etendus morts et des fusils à côté d’eux; mais une autre Scène d’horreur est celle d’un nommé Roman à qui avait affermée été adjugée La traverse annuelle du fleuve et qui joignait à ce métier celui d’assassin: heureusement La providence nous a bientôt mis à même de découvrir ce Criminel mais malheureusement plusieurs voyageurs avaient été déjà victimes il vient d’être condamné avec un de Ses complices, un de Ses engagés, à la peine capitale.

Dumoulin est parti avant hier âprès avoir passé quelques jours avec nous: Le pauvre jeune homme marche à la décrépitude, il n’est plus reconnaissable et le pire de Sa maladie c’est qu’il n’En a aucune idée.

Votre g-maman a reçu La mauvaise nouvelle affligeante de La mort de Sa Sœur, Son exécuteur testamentaire Lui a fait part de cet événement et aussi-tôt que la douleur que lui a causée cette nouvelle Sera un peu dissipée elle enverra, je pense, Sa procuration au pere de m. Dumoulin afin de receuillir ce petit héritage.

j’ai acheté dernièrement un nègre et une negresse à L’encan d’un de mes voisins [Le?] Vieux Rousseau que quelqu’ame charîtable a pris Soin également De f[aire dégue]rpir de ce monde avant Son tems on l’a trouvé noyé [. . .] mais [après] Sa disparition. cette mort est un problème que chacun resoud [à sa] manière.

je Suis charmé, mon cher trist, d’apprendre que l’étude et les amusements occupent alternativement vos loisirs, usez des derniers modérément afin que leur jouissance trop actîve et trop répétée ne porte atteînte au travaîl Si nècéssaire à votre âge, et duquel doit dépendre votre bonheur dans le Court trajet de cette vie.

adieu je vous embrasse comme un père
Tournillon.

editors’ translation

my dear Trist.

For the past three months, without exaggeration, we have been without rain here, or at least the little we have had was barely enough to settle the dust. This year I expected to plant in large quantity, and in fact I had already done it; but upon my return from the city, which was toward the end of April, 45. arpents of cotton had entirely frozen. I nevertheless replanted them anew, and since then my seed has remained in status quo, because the humidity in the soil has not been high enough. I will plant corn when we are favored with the first rain, because it is now too late to think of providing the place with cotton. The surplus of my harvest is acceptable, as much as the drought can allow it, but if this cursed drought continues, we will make nothing.

The waters, this year, to my great astonishment, did not reach their usual crest, which, independently of that, was very short lived. I did business for only five weeks. So you see that the first recto of my letter contains only unpleasant details, but nothing should make us despair.

The same day that your letter arrived, Mrs. T. had just given birth to a little Mary. I had the satisfaction of seeing her released rather promptly from the painful suffering, which is attached to the destiny of a lovable being whose merit we very often do not appreciate enough. The wish I made at the instant when this little creature saw light was that she would ressemble her mother in everything. She is still feeling some pain, but Dr. Martin, whose zeal and care on this occasion I cannot praise too much, gives me hope that tomorrow she will be better and in a few days perfectly well. I accept the augury.

According to a letter that I received yesterday from Mr. E. Livingston, it appears that he wishes to have a seat in Congress in replacement of Mr. Robertson, who has tendered his resignation. He entreats me to use all my influence. He comes to the wrong address, because you know how little popularity I enjoy in my neighborhood, which is composed of fools with whom I have no other relations than those that are absolutely indispensable.

Our door, this year, has been the stage of several very tragic scenes. Two residents killed themselves lately; they were found lying dead in the woods with guns at their sides. Another horror scene is that of a man named Roman, to whom had been granted yearly rights to the crossing of the river, and who added to this trade that of assassin. Happily, providence soon allowed us to discover this criminal, but unfortunately several travelers had already been his victims. He has just been sentenced to capital punishment, together with one of his accomplices, a hired man.

Dumoulin left the day before yesterday after spending a few days with us. The poor young man is heading into decrepitude. You would not recognize him, and the worst of his illness is that he has no idea of it.

Your grandmother has received the distressing news of her sister’s death. Her executor informed her of this event, and as soon as the pain that this news caused her dissipates a little, I think she will send her power of attorney to Mr. Dumoulin’s father in order to come into this little inheritance.

Lately I bought two Negroes, a man and a woman, at the auction of one of my neighbors. Old Rousseau, whom some charitable soul equally took care of dispatching from this world before his time, was found drowned [. . .] after disappearing. This death is a matter for each one of us to resolve in one’s own way.

I am delighted, my dear Trist, to learn that study and amusements alternate in keeping your spare time occupied. Use the latter moderately, so that too active and too frequent an enjoyment does not impair the work that is so necessary at your age and upon which your happiness depends during the short course of this life.

Farewell. I kiss you like a father
Tournillon.
RC (NcU: NPT); torn at seal; addressed: “N. P. Trist. Charlottesville. Virginia”; stamped; postmarked Lafourche, 18 June; endorsed by Trist: “St J de Tournillon 17th June 1818. La-fourche.” Translation by Dr. Roland H. Simon.